Un automate permettant une évasion grâce à son petit marteau, un cochon repeint pour tromper les Anglais, des filles de joie en route vers l’évêché, un dragon et des faux-monnayeurs… le Tarn regorge d’anecdotes, de légendes et de petits secrets. Plus ou moins attestés, sérieux et véridiques.

Quel point commun y a-t-il entre Gilles de Robien, Hugues Aufray et les frères Bogdanoff ? Tous ont usé les bancs de cette très vénérable institution, où l’on enseignait aussi bien les sciences et la philosophie que l’équitation et l’escrime. Fermée en 1991, elle abrite maintenant deux hôtels, un musée de la tapisserie et un centre de formation des laboratoires Pierre Fabre. Gageons que ces étudiants-là sont plus calmes que leurs prédécesseurs, qui avaient, paraît-il réussi à faire monter une vache jusque dans les dortoirs…

Du château, il ne reste que deux pans de murs. Mais l’histoire se déroule en dessous, dans les souterrains qui creusent la butte, véritable petite ville qui servait de refuge en cas d’invasion. Dans ce lieu dissimulé aux regards, Jeanne de Boulogne, duchesse du Berry et belle sœur de Charles V, installa en 1243 un atelier de fausse monnaie. Pour la punir, on lui confisqua pour de vrai tous ses biens. Mauvais comptes pour la duchesse !

Oyez l’étonnante histoire de son jacquemart – vous savez, ces automates qui sonnent les cloches de certaines églises à l’aide d’un petit marteau ? Un prisonnier, qui devait indiquer sa présence toutes les heures à ses geôliers en faisant tinter les cloches, aurait fabriqué cette machine pour faire le travail à sa place… et prendre ainsi la poudre d’escampette. L’histoire ne dit pas comment il a pu trouver le matériel pour réaliser son stratagème…

Lautrec n’est pas seulement le berceau de la famille de Toulouse-Lautrec, la capitale de l’ail rose et une image de carte postale grâce au moulin à vent qui coiffe le village (lequel, précisons-le, émarge à la liste des « plus beaux villages de France »). Lautrec a aussi un secret : son grès tendre est creusé de centaines de silos et de puits, ce qui en fait un véritable village-gruyère.

« Sartre préférait les pierres aux arbres », écrivait Simone de Beauvoir. Le couple a ainsi séjourné à Castelnau-de-Montmiral, où on imagine Jean-Paul charmé par les élégantes arcades de la place médiévale tandis que Simone s’insurgeait en contemplant le pilori qui se dresse dans l’un de ses angles. Outre les animaux en route vers le marché, on y attachait en effet, à l’occasion, les femmes adultères. Montmiral, n’empêche, veut dire « mont merveilleux ».

Les Anglais n’en revenaient pas. Après des semaines de siège durant la guerre de 100 ans, les défenseurs de la place forte de Puycelsi laissaient se pavaner sur les remparts un bon gros cochon gras. De guerre lasse, raconte la légende, les Anglais tournèrent les talons. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que la femme du seigneur local, qui défendait les lieux, n’avait qu’un cochon, repeint chaque jour d’une couleur différente puis asticoté à coup d’épée pour laisser croire qu’il était égorgé afin de faire ripaille. Damned Frenchies !

Au cœur du quartier du Castelvieil d’Albi, la place Savène arbore sur l’une de ses demeures la sculpture d’une sirène dans une position des plus lascives. C’était une maison close – ainsi appelée, car on en murait les portes et fenêtres durant le carême – qui avait ici pignon sur rue. On raconte que les « trotte-garces » du quartier s’en allèrent un jour trouver l’archevêque d’Albi pour lui proposer un marché : contre rémunération, elles ne se livreraient pas au pêché de chair durant le carême. Le saint homme refusa.

Quels secrets dissimule le puits de 113,47 m qui perce Cordes sur Ciel, la perle des bastides du Tarn ? On raconte que les habitants y auraient précipité trois inquisiteurs envoyés par l’évêque d’Albi… dont les os ne furent jamais retrouvés. On raconte aussi que la ville, accrochée à son rocher, ressemble à un dragon. De là à penser que le puits serait la marque du glaive de Saint Michel terrassant le monstre…

Le Nôtre, du fond de sa tombe, doit en avoir des sueurs froides. Il avait dessiné pour l’évêché de Castres un bel exemple de jardin à la française, avec motifs de fleur de lys, de bonnet d’évêque et de croix occitane, tout en savante rectitude. C’était sans compter sur l’esprit rebelle tarnais : n’en déplaise au royal jardinier, les Castrais taillèrent les ifs à leur guise, de toutes formes et hauteurs. Le jardin n’en est que plus « remarquable » encore.

D’un côté Mauriac le protestant, de l’autre Salettes le catholique. Deux châteaux se faisant face mais séparés par une religion, l’histoire est connue. Ce qui l’est moins, c’est que Mauriac devint à la Renaissance la demeure d’une pastelière qui a laissé un témoignage à la postérité : la dame se fit en effet sculpter sur le manteau d’une cheminée avec à la main, une cocagne soit une boule séchée de feuilles de pastel écrasées. Cette cocagne qui donne un bleu exceptionnel et assura autrefois la prospérité d’un pays à qui elle donna son nom. Découvrez le Pays de Cocagne…

Terrrrrrrrrrrrrrrrrrrible ! L’auteur de ces lignes ne s’est pas assoupi sur son clavier. Il y a bien 19 fois la lettre « r » dans le mot terrible ci-devant (soit quand même 27 points au Scrabble). La raison d’une telle débauche de consonnes ? Alexandre Viguier, agriculteur, géomètre, juriste, homme politique (et surtout grand original !) se faisait appeler ainsi pour souligner qu’il était un républicain du XIXe siècle. Cette grande figure locale finit sa vie, installé dans la salle des gardes du château de Penne.